Autriche : l'indignation demeure

Posté le 24 Mai 2016 dans Les Communiqués , Europe


L'élection d'Alexander Van der Bellen, représentant écologiste, à la présidence de la République, est accueillie avec soulagement, mais le vote massif exprimé en faveur de l'extrême droite reste très préoccupant.


L'Autriche évite, de justesse, l'arrivée d'un représentant d'extrême droite à la tête du pays. Pour autant, le dénouement de ce scrutin ne peut occulter la dangereuse ascension du Parti libéral d’Autriche (FPÖ) d’extrême droite, dont les idées nationalistes trouvent un écho favorable auprès d'une partie significative de la population autrichienne.

Ce repli anti-européen n'est pas sans rappeler les forces centrifuges à l'œuvre actuellement dans différents États membres, alimentées par des discours populistes et xénophobes en totale contradiction avec les valeurs et l'idée même d'une Union européenne. Si la fonction de président de la République d'Autriche est plutôt d'ordre protocolaire, le pouvoir de nuisance de l'extrême droite dans ce pays, comme dans d'autres États-membres où elle a le vent en poupe, reste interpellant. Partis démocratiques comme société civile doivent redoubler d'effort pour proposer des alternatives et battre en brèche l'argumentation simpliste des leaders extrémistes.

Opposé à l’adhésion de l’Autriche à l’Union Européenne dès 1994, le candidat autrichien d'extrême droite, Norbert Höfer, ne fait pas mystère de son ambition de modifier les frontières au sein même de l’UE[1], voire de provoquer la sortie de son pays de l'Union européenne.

La polarisation de l'Autriche pointe la difficulté de l'Union européenne à fédérer par-delà les frontières, et remet en cause la coordination de la politique migratoire de l'Europe. Alors que les Autrichiens ont accueilli de nombreux réfugiés suite à la crise des Balkans dans les années nonante, ils se montrent aujourd'hui réticents à l'accueil des réfugiés provenant de Syrie, influencés par les discours souverainistes et racistes délivrés par le FPÖ.

En résistance à ce vent mauvais, l'Union européenne doit impérativement trouver son second souffle. Pour Claude ROLIN, il est indispensable de replacer les citoyens au centre du projet européen: "Les forces démocratiques de l'UE doivent s'allier afin de lutter contre l'extrémisme et les courants nauséabonds qui tentent de détruire l'Europe de l'intérieur. L'urgence est d'approfondir le projet européen, afin qu'il réponde davantage aux exigences sociales et de qualité de vie des citoyens. Ces signaux d'alarme venus des quatre coins de l'Union montrent les limites de l'intergouvernementalité. La montée de l'extrême droite en Europe est aussi la conséquence d'attitudes individualistes des chefs d'États et de gouvernements, qui brouillent le message européen, en ne laissant entendre aux citoyens que leurs dissonances."