Directive Détachement: triste symbole d'une fracture européenne

Posté le 11 Mai 2016 dans Les Communiqués , Europe


La procédure de "carton jaune" déclenchée par plusieurs parlements d’Europe de l’Est et d'Europe centrale, afin que la Commission revoie sa proposition relative au détachement des travailleurs, est un très mauvais signal. Dossiers après dossiers, une ligne de fracture se dessine entre les pays de « l’ancienne Europe » et ceux de l'ex-Europe de l'Est.


Comme en football, le carton jaune risque d'être suivi d'un carton rouge. En activant cette procédure, c'est l'Europe à 28 que certains États membres tentent d'exclure.

En effet, ceux-ci s’opposent à une proposition de révision de la directive sur le détachement des travailleurs, qui cadre la libre circulation des travailleurs et les entreprises sur le marché interne, par le biais de règles équitables.

Les faiblesses de la directive détachement, datant de 1996, ont été démontrées de façon dramatique par la concurrence déloyale intenable qui sévit aujourd'hui en Europe. La Commissaire européenne à l'Emploi et aux Affaires sociales, Marianne Thyssen, a, précisément, présenté une révision visant à limiter l’incidence négative du dumping social en vue de permettre, au-moins partiellement, qu’un même travail presté dans un même pays soit rémunéré de la même façon.

L'objectif de cette minorité de blocage n'est donc pas une avancée européenne, mais bien un recul assumé, particulièrement dommageable pour l'économie. En menant la course au "moins disant" social, c'est la cohésion européenne que ces pays veulent mettre au ralenti.

Cet épisode n'est pas sans rappeler les vives oppositions aux propositions de la Commission concernant la question des réfugiés. En effet, certains États membres aujourd'hui encore à la pointe de la contestation, prenaient alors leurs distances avec les valeurs qui ont fondé l’Union européenne, empêchant de ce fait l'UE d'apporter une réponse solidaire et cohérente à une situation qui la concerne dans son ensemble.

Ainsi, le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, promeut l'ère d’un "État non libéral",  balayant d'un revers de la main le bien-fondé de la social-démocratie et de la démocratie chrétienne européenne. Ce repli nationaliste et populiste aux accents très autoritaires, semble avoir le vent en poupe en Europe centrale; alors même que ces États vivent en partie des fonds structurels que leur alloue l'Union européenne. En se plaçant volontairement à la périphérie d'une Union européenne dont ils renient les principes - dont la subsidiarité ici remise en cause - ces dirigeants font le jeu inconscient d'une désintégration européenne, dont leurs populations seraient les premières victimes.

Au même titre que les abus en matière de détachement des travailleurs doivent être combattus, par l'adoption d'une révision ambitieuse de la directive, les démarches excessives et nuisibles de gouvernements nationaux doivent être vigoureusement contestées, car à chaque crise, ce sont les étoiles de notre Union européenne qui palissent.