Discours sur l'Etat de l'Union: réinventer le projet européen

Posté le 15 Septembre 2016 dans Les Communiqués , Europe


Le discours sur l’état de l’Union a fait état d’une manifeste désunion. Le message de Jean-Claude Juncker sonne comme un appel nécessaire au rassemblement au sein du projet européen. Il s’adresse directement aux chefs d’états et de gouvernements et appelle ceux-ci à prendre la pleine mesure des responsabilités qui incombent aux Etats membres.


Claude Rolin se réjouit de la volonté affichée de l’exécutif européen de réajuster le projet européen, afin que celui-ci réponde davantage aux préoccupations des citoyens, et en particulier à la nécessité d'établir une justice sociale.

"L'Europe n'est pas assez sociale » - Jean-Claude Juncker

L'économie sociale affranchie du dumping, prônée par Jean-Claude Juncker, doit devenir une réalité. L'une des étapes essentielles pour y parvenir sera une révision ambitieuse de la directive relative au détachement des travailleurs menée par la Commissaire Marianne Thyssen.

Il est indispensable d'établir une même rémunération pour un même travail sur un même lieu, afin d'approfondir la convergence sociale au sein de l'Union européenne et de parachever le marché intérieur en renforçant les droits sociaux.

Doubler la capacité (de 3 à 6 milliards, avec un objectif de 500 milliards investis à l'horizon 2020) et la durée du Plan d'investissements (6 ans) afin de "booster" la relance économique est une mesure ambitieuse, mais elle ne sera opportune qu'à condition de réviser le Pacte de stabilité pour l'appliquer avec flexibilité et sans faire obstacle à la croissance. Il faut pour cela différencier les investissements porteurs des dépenses de consommation et libérer des budgets tant communautaires que nationaux, pour permettre la réindustrialisation européenne. Un séisme social comme celui de Caterpillar- Gosselies le démontre douloureusement: les investissements publics doivent être structurels, conditionnés, et desserrés du carcan budgétaire européen, pour être en mesure de conserver l’industrie.

En outre, la défense de l'industrie sidérurgique européenne nécessite de s'opposer à accorder le statut d'économie de marché à la Chine, en l'absence de règles communes aux différents acteurs.

Mettre sur pied une défense européenne

S'il est effectivement souhaitable de peser davantage dans les négociations internationales en renforçant le rôle de la Haute représentante de l’Union pour les Affaires étrangères et la politique de Sécurité, il est tout aussi crucial de développer la création d'une véritable défense européenne. L'Union européenne ne peut assumer un rôle de "soft power" en reposant sur un soutien inconditionnel des Etats-Unis, et moins encore de la Turquie, deuxième puissance armée de l'OTAN, sujette actuellement à de grandes tensions.

Enfin, dans la lignée du G20, Jean-Claude Juncker rappelle l'exigence d'une solidarité aux frontières de l'Union européenne, singulièrement au sujet de la relocalisation des réfugiés. Celle-ci doit être équitable et assumée par l'ensemble des Etats membres et s'inscrire dans une politique migratoire à long terme.

Désaccord commercial: "Quand un clou est plié, ce n’est plus la peine de taper dessus."

Si l'Union européenne doit se construire "avec les Etats membres" et non "contre eux", il est essentiel que ceux-ci assument pleinement leurs responsabilités. Pour autant, Claude Rolin regrette que l'Union européenne ne soit pas à l'écoute des préoccupations citoyennes en persistant dans la voie de ratification du CETA. Il en va de même du TTIP, notablement absent du discours du jour.

Pour prospérer, le projet européen exige le respect de ses valeurs, mais aussi celui de ses normes sociales, environnementales et sanitaires; le président européen ne s'y trompe pas en déclarant que l'"Histoire ne retiendra pas nos noms, mais nos erreurs".