Les femmes cdH s’inquiètent de l’augmentation de la prostitution et demandent une stratégie transversale pour la combattre

Posté le 18 Mai 2015 dans Les Communiqués , National , Femmes cdH


Selon la dernière estimation de la police fédérale communiquée récemment, la Belgique compterait 26 000 personnes prostituées (pour 23.000 en 2011). Il s’agit d’une augmentation constante qui inquiète vivement la présidente des femmes cdH, Dorothée Klein. Pour rappel, toujours selon la police, 80% des personnes prostituées sont victimes de traite ou d’exploitation sexuelle


Les femmes cdH déplorent le grand écart entre les législations souvent sévères et les pratiques de terrain trop régulièrement tolérantes, en Belgique comme dans de nombreux pays. La tolérance de fait ou l’approche réglementariste constituent un appel d’air qui favorise l’augmentation de la prostitution.

 

1. Un soutien clair à l’option abolitionniste
 

Il est vrai que les Etats européens ont des stratégies différentes et que les réseaux en profitent largement pour développer leurs activités criminelles. Il existe en effet deux stratégies fondamentalement différentes :

 

  • La première que l’on peut qualifier de règlementariste considère que la prostitution est une activité inévitable qu’il s’agit d’encadrer dans un but de contrôle social, de lutte contre les nuisances et de politique de santé publique. Cette approche a comme effet de ne pas inquiéter les prostituées ni les personnes qui en tirent profit, c’est-à-dire les proxénètes. Cette approche entraîne soit la légalisation comme aux Pays-Bas, l’Allemagne, la Suisse et l’Australie, soit la tolérance de fait et l’encadrement règlementaire et matériel de la prostitution. Or, il est constaté, notamment selon Mark Capaldi, directeur d’Ecpat, que dans les pays qui ont légalisé la prostitution, la traite des êtres humains a fortement augmenté et que l’objectif n’a pas été atteint. Ainsi, en Allemagne, où la prostitution est légale, il n’y a que de 3 % à 5 % des prostituées qui sont indépendantes. Les autres ont toutes des proxénètes et la majorité disent que leur vie n’a pas été améliorée par la légalisation
  • La seconde approche que l’on peut qualifier d’abolitionniste qui est celle de la convention de New York ne veut pas placer l’exploitation du corps humain et de la sexualité d’autrui dans le champ du marché. L’exploitation de la prostitution est considérée une atteinte à la dignité humaine. Ceux qui vendent des services sexuels ne sont pas incriminés, mais l’exploitation de la prostitution d’autrui est interdite. Cette approche a pour but d’interdire l’exploitation sexuelle de l’autre et non la prostitution en tant que telle, si elle est consentante et choisie en toute autonomie et entre adultes libres et indépendants, ce qui concerne une minorité de cas. L’abolitionnisme n’est donc pas un prohibitionnisme complet. La Suède est un des pays en tête de ce combat car il a été le premier pays à interdire l’achat de prestations sexuelles tant dans le cadre de la prostitution de rue que dans le cadre d’internet. Depuis 1999, le nombre de prostituées de rue a diminué de moitié et les phénomènes de prostitution sur internet sont moins importants que dans les pays voisins. Selon cette approche, la prostitution n’est, le plus souvent, pas un métier comme un autre.

Quelques chiffres renforcent ces constatations :

  •  Le taux de décès dans la prostitution est 12 fois plus élevé que dans d’autres professions ;
  • 95% des prostituées de rue sont accros à la drogue ;
  •  50% des victimes de traite des êtres humaines (TEH) ont moins de 18 ans ;
  •  75% des victimes de TEH ont moins de 25 ans, etc.

Les femmes cdH rappellent que la Belgique est un pays abolitionniste : elle a ratifié la Convention des Nations Unies pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui.

 

2. Un plan transversal et une commission mixte ad hoc

Les femmes cdH demandent dès lors que la législation soit appliquée et qu’une stratégie transversale soit adoptée, allant de la prévention, aux poursuites en passant par la protection des victimes. L’objectif serait, d’une part, de protéger les personnes prostituées et de les soutenir dans une sortie de la prostitution, d’autre part, de diminuer l’offre et la demande. Dans ce but, les F cdH demandent la mise en place d’une commission mixte ad hoc, pour remettre la prostitution au cœur de l’agenda politique. Cette commission mixte ad hoc réunissant des parlementaires et des représentants des conseils des femmes, afin que le Parlement puisse s’approprier cette problématique à bras le corps, comme cela s’est fait dans d’autres pays (la France et l’Irlande, notamment) pour définir clairement ce que nous voulons faire de l’exploitation sexuelle à l’avenir dans notre pays.