Présentation du Plan Lecture pour la Fédération Wallonie-Bruxelles

Posté le 4 Mars 2015 dans Les Communiqués , Fédé Wallonie-Bruxelles , Enseignement/Famille


Joëlle MILQUET, Vice-Présidente du Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Ministre de l’Education, de la Culture et de l’Enfance, annonce, en marge de la Foire du Livre de Bruxelles, le lancement d’un Plan Lecture pour la Fédération Wallonie-Bruxelles.


1. Pourquoi un Plan Lecture ?

  • Parce qu'il s'agit d'une compétence transversale qui peut se déployer sur l'ensemble des compétences exercées par la Ministre: l'enfance, l'enseignement et la culture.
  • Parce que la mobilisation de tous les acteurs dans les différents domaines concernés autour d’un thème porteur comme la lecture peut permettre, en mutualisant les compétences et les moyens, d’apporter une véritable dynamique sur un élément dont l’importance sociétale fait consensus.
  • Parce que cette compétence renforce les capacités des enfants et des adultes à interagir avec le monde et à être des acteurs des contenus qu’ils abordent. Elle permettra donc à chacun de participer activement à la vie culturelle, politique, économique et sociale de notre société. Cette participation est une garantie essentielle au bon fonctionnement d’une démocratie.
  • Parce que la lecture est un bonheur culturel personnel d’émancipation, d’élévation et d’imagination humaine personnel.
  • Parce que la pratique de la lecture se perd chez les jeunes et est primordiale dans le cadre de la maitrise des apprentissages dont les évaluations ne sont guère brillantes.

2. À partir de quels constats ?

  • Les rapports PISA et PIRLS qui, bien qu’ils montrent une amélioration sensible de la maîtrise en lecture chez les élèves belges francophones, soulignent encore le différentiel qui existe, notamment avec nos voisins flamands, sur la capacité à interpréter et à donner du sens à un texte lu.
  • L’étude commandée en mars 2014 par le Centre National du Livre et le syndicat national de l’édition (France) dont les conclusions peuvent être étendues à la Belgique :

- La lecture au format papier est en baisse entre 2011 et 2014 mais n’est pas relayée par la lecture au format numérique ;
- Les deux freins à la lecture pointés par l’étude sont le manque de temps et la concurrence d’autres loisirs ;
- Les lecteurs de livres au format papier sont également les plus connectés (tablettes, smartphones, ordinateurs, etc.)

  • les autres constats suivants :

- 262.000 personnes qui ne disposent pas du CEB et 429.000 adultes qui ont le CEB comme dernier diplôme obtenu soit au total pour ces deux groupes 21% de la population adulte ;
- 15% des jeunes quittent l’école secondaire sans diplôme et sans l’usage fonctionnel de la lecture ;
- Le nombre de jeunes qui abandonnent actuellement leur scolarité en ayant atteint au mieux le niveau d’enseignement secondaire inférieur est de 20% ;
- Les résultats Pisa 2012, focalisant l’analyse en fin de premier degré secondaire, constatent chez les élèves de la Fédération Wallonie‐Bruxelles un niveau de lecture plus bas (497 points) que chez leurs concitoyens néerlandophones (518 points) et germanophones (499 points) ; la moyenne OCDE étant de 496 points ;
- L’enquête PIRLS (Progress in International Reading Literacy Study) de 2011 qui sert à mesurer le niveau de compétence des élèves en lecture, mais aussi à appréhender de la manière la plus fine et la plus complète possible les éléments de contexte - culturels, socio-économiques, pédagogiques, familiaux et individuels - qui peuvent rendre compte des différences de performance observées entre pays et à l’intérieur des pays, permet de poser le constat suivant :

° La proportion d’élèves bons ou très bons lecteurs est plus faible qu’ailleurs (25% en FWB contre 45 % en moyenne) ;
° La part de non‐lecteurs de livres augmente à la même vitesse que les phénomènes d’illettrisme et d’abandon des études cités ci‐dessus :

22% en 1985 ;
- 34% en 2007 ;
- 38% en 2013 ;

° Entre 1985 et 2007, la part de population déclarant n’avoir aucun livre à domicile est passée de 9% à 21% : autant de familles dont les enfants ne sont en contact avec le livre que grâce à leur milieu scolaire ;
° En 4ème primaire, 56 % des élèves maitrisent la lecture de textes littéraires mais seulement 46 % maitrisent la lecture des textes informatifs. On constate notamment un déficit dans les pratiques de discussion de textes et d’écritures de texte et de méthodes transactionnelles à l’école en matière de lecture. Il existe également un déficit en matière de capacité de résumer et mobiliser les connaissances.

3. Avec quels acteurs ?

Le plan lecture s’inscrit notamment dans la dynamique du pacte d’excellence, en matière d’enseignement et de l’opération culturelle « bouger les lignes » et dans le cadre de cette alliance « culture –école » que nous voulons renforcer.

Nous venons de désigner Laurent Moosen, coordinateur transversal en Fédération Wallonie Bruxelles pour mettre en oeuvre ce plan lecture en fédérant un comité d’accompagnement et différents groupes de travail qui rassembleront :

  • Les opérateurs culturels de la Fédération Wallonie-Bruxelles : librairies, éditeurs, associations, bibliothèques, etc ;
  • Les créateurs, auteurs et illustrateurs belges francophones ;
  • Les formateurs en lecture, dans l’enseignement obligatoire et en éducation permanente ;
  • Les accueillants d’enfants et les enseignants ;
  • Les chercheurs universitaires, dans les secteurs de la pédagogie, de la sociologie ou des neurosciences cognitives.

4. Avec quels objectifs ?

Produire pour septembre un plan culturel et assurer son suivi et sa mise en oeuvre par la suite permettant notamment de :

  • Remettre la lecture, documentaire et de fiction, au centre de l’apprentissage avec comme priorité le plus jeune âge, en associant les créateurs de la Fédération Wallonie-Bruxelles à ce processus ;
  • Concentrer les efforts et les moyens existants vers :
  • Le soutien et la valorisation de l’accueil d’auteurs et d’illustrateurs belges francophones dans les écoles ;
  • La formation des enseignants et des acteurs culturels à la littérature de jeunesse, à la bande dessinée et à la littérature belges francophones ;
  • Le développement des liens entre bibliothèques, libraires, enseignants et élèves ;
  • Le renforcement et l’innovation en matière de promotion de la lecture auprès des publics ;
  • L’obligation pour les opérateurs de diffusion de la littérature d’inscrire leur action dans une démarche de participation des publics scolaires ;
  • Le soutien aux démarches innovantes en matière de création et lecture numériques ;
  • L’accompagnement des acteurs de la chaîne du livre vers une professionnalisation dont l’aboutissement serait une offre de qualité dirigée vers un public sensibilisé à la lecture.

5. Avec quelles grandes lignes ?

Petite enfance

  • Le lancement d’une première campagne de promotion de la lecture pour les tout petits à l’occasion de la Fureur de Lire en octobre 2015 ;
  • La distribution livret parental au moment de la naissance sur l’importance du livre et de la lecture dès le premier âge et d’un premier livre jeunesse ;
  • La formation initiale et continuée des accueillants, des puéricultrices et des bénévoles à l’usage du livre et de la lecture ;
  • L’organisation systématique à partir des crèches et des consultations de formation et sensibilisation de l’éducation permanente à destination des parents sur l’importance du livre ;
  • Le développement de la connaissance des bonnes pratiques via un site spécifique ;
  • Un partenariat entre les crèches et le réseau de lecture publique (bibliothèques) en Fédération Wallonie-Bruxelles ;
  • Une stratégie culturelle et un plan lecture demandé désormais pour l’élaboration des dossiers de reconnaissance des lieux d’accueil (environ 1.000 en Wallonie et à Bruxelles) ;
  • Le développement d’études et de projets pilotes autour de la lecture avec l’ONE, à l’instar des « coins lecture » ;
  • La création et la diffusion d’outils simples et didactiques, imprimés, numériques ou audiovisuels, qui permettent de valoriser les moments de partage autour du livre entre parents et enfants.

Enseignement fondamental (maternel et primaire)

  • La rédaction désormais de réels référentiels obligatoires précis (inexistants à ce stade) pour le maternel comprenant notamment des consignes claires en matière de pratiques de lectures de 3 à 6 ans et un guide pédagogique à l’instar de la France ;
  • La rédaction de référentiels plus exigeants et précis en matière de pratiques de la lecture dans le primaire ;
  • La systématisation de la lecture dans les autres disciplines que le Français et l’utilisation de nouvelles pratiques pédagogiques afin de développer le dialogue et la discussion à partir de la lecture ainsi que la production d’écrits par l’élève ;
  • Des partenariats renforcés avec les libraires et les écoles ;
  • La diffusion des listes des livres « incontournables » édités par le Service général des Lettres et du Livre ;
  • La promotion de l’usage des oeuvres de littérature de jeunesse dans l’apprentissage via le financement désormais de ces oeuvres dans le cadre du financement des manuels scolaires ;
  • Le développement systématique d’un partenariat structurel entre l’école et la bibliothèque ; offrir à chaque élève des inscriptions une carte « culture-lecture » permettant l’accès gratuit aux bibliothèques avec un folder explicatif des lieux proches ;
  • Une stratégie culturelle et un plan lecture par établissement scolaire avec une personne référente pour la lecture et une stratégie pédagogique et scolaire et une personne référente « écoles » par bibliothèque ;
  • Le renforcement des missions éducatives obligatoires des bibliothèques ;
  • Le renforcement de la formation initiale et continuée des enseignants à l’enseignement de la lecture, aux bonnes pratiques et à la littérature de jeunesse ;
  • Le renforcement et la généralisation des classes lectures ;
  • La multiplication des rencontres en classe avec des auteurs et des illustrateurs de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le renforcement des opérations un « écrivain à l’école ».

Enseignement secondaire

  • La révision des référentiels de compétences pour y renforcer la pratique de la lecture et de l’écriture et intégrer l’histoire de la littérature belge francophone dans la continuité de la circulaire n°4751 du 28/02/2014 ;
  • La valorisation de la collection de poche Espace Nord, propriété de la Fédération Wallonie-Bruxelles, dont le catalogue contient 300 titres de littérature belge patrimoniale et contemporaine, auprès des enseignants ;
  • La systématisation des rencontres en classe avec des auteurs, dans le cadre du programme « écrivains en classe ».

Aide à la création

  • Renforcement de l’aide aux auteurs, de leur promotion, exportation et reconnaissance.

Aide aux éditeurs

  • Aborder les défis du numérique et de la mondialisation ;
  • Réformer la question des agréments des manuels scolaire.

Aide aux libraires

  • Aborder les défis du numérique et de la mondialisation ;
  • Renforcement du soutien économique des libraires indépendants ;
  • Aborder les défis du prix du livre.

Bibliothèques

  • Déploiement des politiques de promotion, mutualisation, numérisation et démocratisation des bibliothèques ;
  • Renforcement de l’harmonisation avec les pouvoirs provinciaux du passeport lecture qui donne accès au réseau de lecture publique et l’ouverture, avec ce passeport, à des activités ou à des actions autour de la lecture ;
  • La mise à disposition de livres numériques gratuits pour les publics scolaires via la plateforme de prêts « Lirtuel » ;
  • La systématisation des partenariats avec les écoles et les lieux d’accueil dans le cadre des plans de développement de la lecture prévus par le décret Lecture Publique de 2009.

Education permanente

  • Adaptation et reprécision de certaines missions en vue de concentrer certaines prestations auprès du public parental issu notamment de milieux plus défavorisés en vue de les former et de les sensibiliser à l’apprentissage des enfants, au rôle et importance de la lecture pour les enfants et pour eux-mêmes ;
  • Valorisation de projets autour de la lecture auprès des opérateurs reconnus en éducation permanente ;
  • Déployer des ambassadeurs du livre dans chaque zone.

6. Avec quels outils ?

  • La réalisation d’un inventaire des initiatives historiques, actuelles et prospectives en matière de lecture en Fédération Wallonie-Bruxelles (notamment les publications, recherches et actes publiés par le Centre de Lecture Publique et l’AGERS) ;
  • Une identification des initiatives innovantes de développement et de promotion de la lecture au niveau international et leur diffusion en Fédération Wallonie-Bruxelles (programme d’usage de la littérature de jeunesse dans les maternelles en France, plans lecture au Portugal et au Brésil, etc.) ;
  • La mise en oeuvre d’un processus de concertation avec des acteurs de tous les secteurs concernés par la lecture (notamment les organismes de formation comme l’IFC pour l’enseignement ou le SLP pour les bibliothécaires) (voir ci avant) ;
  • L’organisation de rencontres publiques dédiées à la lecture, notamment des programmes culturels de lecture à voix haute comme l’Intime Festival à Namur ou Les Parlantes à Liège ;
  • Le soutien aux initiatives transversales de promotion de la lecture entre les différents secteurs concernés (par exemple les collaborations entre écoles et bibliothèques ou librairies) qui pourraient être financées via la Loterie Nationale avec une enveloppe réservée à cet effet (à valider par la Ministre) ;
  • La commande d’études et de recherches, pour le seul compte de la Fédération Wallonie-Bruxelles ou en association avec d’autres institutions, en lien direct avec le développement de cette politique transversale de la lecture (en activant, entre autres, le Fonds Houtman, via l’ONE, qui pourrait faire de la lecture une thématique de recherches dès 2016) ;
  • La création d’une plateforme dédiée à la lecture pour favoriser l’échange des pratiques innovantes et des outils de référence (en collaboration avec l’ETNIC) ;
  • La réalisation d’outils didactiques à destination des médiateurs de la lecture que sont les enseignants, les accueillants ou les bibliothécaires ;
  • Le développement de liens entre opérateurs qui favorisent une approche globale et intergénérationnelle d’apprentissage de la lecture (ONE et Lire & Ecrire).

6. Sur quelle durée ?

Le Plan Lecture se déploiera tout au long de la législature en cours.

Les premiers objectifs balisés dans le temps sont :

  • L’annonce du Plan Lecture à l’occasion de la Foire du Livre, le samedi 28 février 2015 ;
  • La remise à la Ministre, en septembre 2015, d’un rapport sur les initiatives et les mesures à prendre pour développer un plan lecture ;
  • Le lancement d’une plateforme dédiée à la lecture avant la fin de l’année 2015 ;
  • Le lancement d’une campagne de promotion de la lecture auprès des tout petits à l’occasion de la Fureur de Lire en octobre 2015 ;
  • La publication d’un rapport annuel sur la lecture dès 2016, par exemple à l’occasion de la journée mondiale du livre et de la lecture le 24 avril.