Violences entre partenaires : mise au point d’un nouvel outil pour évaluer les risques de récidive

Posté le 8 Mars 2014 dans Les Communiqués , National , Femmes cdH , Enseignement/Famille , Sécurité/Police/Justice


En ce 8 mars, journée internationale des femmes, la vice-Première ministre, ministre de l’Intérieur et de l’Egalité des chances, Joëlle Milquet, annonce un nouvel outil pour briser la spirale de la violence : un instrument d’évaluation des risques de récidives est actuellement en test.


1. Les chiffres de la violence

Pour rappel, en ce qui concerne les violences intrafamiliales: selon les données de la police, en 2012, on a enregistréé 20 370 cas de violence physique dans le couple et 19 616 cas de violence psychique.

Cependant, il faut tenir compte d’un important « chiffre noir » qui fait grimper les statistiques. Ainsi, selon l’enquête de la FRA (Fundamental Rights Agency) de l’UE, 1 femme sur 3 a déjà été victime de violence. 1 femme sur 4 a été agressée par son partenaire : 24% en Belgique pour 22% en Europe. L’étude montre que la violence conjugale est moins tabou dans les pays où règne une plus grande égalité entre les hommes et les femmes : les pays scandinaves, les Pays-Bas, la France ou la Belgique obtiennent un résultat plus élevé en matière de violence conjugale que les pays du sud et de l’est de l’Europe. Les femmes belges signaleraient donc plus rapidement qu’une personne franchit les limites, ce qui serait notamment le résultat de campagnes de sensibilisation et de changements législatifs. Dès lors, malgré le « chiffre noir », la Belgique se situe dans le top 5 des pays en matière de dépôt de plaintes : 22% des victimes vont trouver la police et 33% se confient au personnel médical.

Cela signifie que les efforts de ces dernières années portent leurs fruits. Mais pour Joëlle Milquet, il faut aller plus loin, notamment en matière de prévention. Plus particulièrement, en ce qui concerne la violence conjugale, le risque de récidive est très important : il touche deux tiers des victimes. Certaines personnes restent pour diverses raisons, notamment, de dépendance, dans une relation violente et retournent chez le partenaire violent. Il est dès lors difficile de briser la spirale de la violence. Il importe que différentes instances (justice, police, santé, …) collaborent. La rupture de la spirale de la violence doit intervenir le plus rapidement possible et nécessite une attention à chaque stade de l’engrenage violent.

2. Une étude pour évaluer les risques de récidive

Dans ce but, Joëlle Milquet a demandé, dès septembre 2012, une étude sur l’évaluation des risques de récidive et plus particulièrement sur la construction d’un outil qui doit permettre de prendre rapidement les meilleures décisions et les mesures plus efficaces.

Cette étude menée par le centre de recherche de la Haute Ecole Thomas More, en collaboration avec l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, vient de livrer ses premiers résultats.

Sur le plan théorique, il apparaît que:

• si la violence conjugale n’est pas rapidement dépistée, cela conduit à une violence conjugale répétée ainsi qu’à une escalade de la violence ;

• être attentif aux signaux de violence conjugale, bien évaluer les risques et en assurer un bon suivi peut prévenir des violences graves et fatales.

Le volet plus pratique de l’enquête, qui a mobilisé 12 groupes cibles de 6 à 12 participants de la police, magistrats et secouristes, a aussi mis en évidence qu’en Belgique:

• on ne procède pas partout systématiquement au dépistage de la violence conjugale ;

• il n’existe pas d’instrument satisfaisant permettant d’évaluer les dossiers dans lesquels les risques de récidive sont élevés ;

• de bonnes collaborations peuvent échouer en l’absence de tels outils ;

• les professionnels sont demandeurs d’instruments fiables et simples.

3. Un instrument et une boîte à outils actuellement en test

L’objectif final de l’étude est notamment de développer une ‘boîte à outils’ où les professionnels des différents secteurs pourront choisir les plus adaptés à leur réalité. Cette toolbox contiendrait notamment :

- un instrument de screening rapide afin de dépister la violence conjugale sur la base de quelques questions simples ;

- une brève check-list afin d’évaluer correctement le risque de nouvelles violences conjugales et de pouvoir prendre les mesures nécessaires ;

- des directives pour accueillir et aborder des auteurs et des victimes ;

- le suivi électronique de la situation et la tenue à jour des informations.

L’étude, qui doit se terminer en août 2015, a déjà abouti à des premiers résultats concrets, qui font actuellement l’objet de tests auprès des agents de police, des magistrats et des secouristes. Ainsi,

• L’étude des différents instruments de l’évaluation des risques utilisées chez nous et à l’étranger est terminée et fera l’objet d’un livre à paraître à la fin de mars. Il en ressort que l’instrument, dit ODARA, d’origine canadienne, actuellement en test, semble le plus performant.

• Une « boîte à outils » avec des instruments complémentaires vise notamment à stimuler la collaboration multidisciplinaire.

• Enfin, un “dictionnaire explicatif” explique de manière claire 180 termes, relatifs à l’évaluation des risques et la violence conjugale. Il sera envoyé prochainement à toutes les zones de police locale.