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Malika Madi, romancière-essayiste à Bruxelles : Avancer avec humilité

Malika MADI

Candidate aux élections communales et fédérales. Auteure d'une dizaine d'ouvrages, conférencière et initiatrice de projets socioculturels.

Chers Amis,

Nous connaissons une crise sans précédent. Un coco inventorié 19 s’est octroyé le droit, au nom de l’ordre primaire et ordinaire du système biologique, de bousculer, que dis-je, violenter notre quotidien métronomique.

Nous sommes d’accord, il y aura un avant et un après. Il y aura les désinvoltes qui ne pourront plus l’être et les alarmistes qui le seront plus encore, car, même dans leurs prédictions les plus sombres, un tel scénario n’aurait jamais pu être élaboré.

Depuis le début de notre ambition de refonte et de reconstruction, en intra et hors de la maison cdH, notre intention de changement profond est invoquée et relayée. Alors que notre pays se cherchait des gouvernants et jouait au Rubik’s Cube pour trouver la solution qui, à défaut d’être la plus efficace, serait la plus idoine, nous, cdH, imaginions un nouveau souffle. Nous savions que c’était une respiration dans une atmosphère viciée par une redondance politique, incapable de se renouveler et polluée par l’arbre du collectif cachant sans grand talent la forêt des ambitions individuelles.

Bien sûr, les ambitions individuelles sont nécessaires. Bien sûr, Gandhi, Nelson Mandela, Martin Luther King sont des ovnis et on ne peut pas espérer une telle abnégation parmi nos contemporains et nos hommes et femmes politiques mais aujourd’hui, à l’issue de la cinquième semaine de confinement, tous les grands paradigmes doivent être revisités, explorés et renouvelés.

« Fuir la société de consommation » et « Progresser vers une vie de meilleure qualité » sont deux des nouvelles conceptions de notre mouvement. Nous n’avons pas attendu la pandémie pour réfléchir à la manière d’incarner cet objectif d’une vie de qualité plutôt que celle ayant pour dessein la possession, l’avoir et la surconsommation.

Un an après notre échec aux élections régionales et fédérales, quatre mois après le lancement de « Il fera beau demain » le drame que nous vivons doit personnifier ce que nous commencions à affirmer à savoir, une société où il est urgent de remettre au centre (nous choisissons ce mot à escient) ce qui est nécessaire à une vie heureuse et épanouie et non pas à une vie de thésaurisation matérielle et de gaspillage abusif.

Nous croyons que nos concitoyens sont prêts, nous croyons qu’ils ont besoin de donner un sens à ce qui se produit. Nous croyons qu’ils réalisent la fragilité du modèle que nous avons architecturé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Nous pensions avoir la maîtrise de chaque strate. Nous pensions être capables de garder pendant des temps indéfinis le contrôle sur chacune des composantes, mais un coco de glycoprotéines, bien plus infiniment petit qu’un grain de sable, enraye une mécanique en corrosion depuis un temps que le libre arbitre de la grande majorité refuse de reconnaître.

Nous ne maîtrisions rien, si ce n’est l’instant. Nous ne pouvons, qu’à partir de l’instant maîtrisé être acteur de tentative pour rendre sécure l’instant qui suit, avec humilité et dévouement.

Aujourd’hui, des hommes et des femmes se battent pour sauver leurs semblables, des hommes et des femmes veillent sur notre sécurité, d’autres encore nous informent, nous livrent, nous reçoivent dans les magasins, nous apportent le courrier, ramassent nos déchets, élaborent nos médicaments, réfléchissent à des remèdes, écrivent des livres, des articles ou accomplissent une œuvre artistique dans le but de toucher nos émotions ou de nourrir notre réflexion… C’est avec eux qu’il faut bâtir demain.

À l’heure où nous menons ce combat contre un ennemi invisible, nous devons reconnaître que nous n’avons jamais connu pareil concordat civil. En dépit de nos différences de croyances, de rites culturels, de carnation de la peau... C’est ensemble que nous affrontons le Covid-19.

Lui, ne choisit pas le cœur qu’il cessera de faire battre, il ne choisit pas le corps qu’il mettra en danger, il ne choisit pas le plus pauvre ou le plus riche, le plus intègre ou le plus corrompu pour l’habiter et lui confisquer le souffle de vie. Ici, aujourd’hui, c’est l’engagement de tous qui fera la différence.

À ce stade, et puisque nous avons pris la décision de nous réinventer depuis notre échec électoral, nous n’avons aucune raison de ne pas endosser la responsabilité d’aller vers nos concitoyens pour les amener à réfléchir avec nous. Après ce confinement, ils auront un besoin incommensurable de parler, de dire les choses, de commencer une thérapie par la parole. Des propos seront évoqués avec beaucoup de colère ou d’émotion. Nous connaissons tous déjà une personne emportée par cette maladie. Soyons là pour recevoir cette parole et la transformer en levier. Même si plusieurs parmi nous eurent la clairvoyance de voir le monde en mutation sous leurs yeux depuis plusieurs mois, d’autres ne l’ont réalisé qu’au lendemain du 26 mai 2019. Aussi, chers amis, je vous demande de nous solidariser aujourd’hui pour que demain ne soit non pas hypothétiquement beau, mais beau sans nul doute.

MALIKA MADI