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Prendre soin de soi et des autres, c’est un projet de société

Le « jour d’après » ressemblera-t-il au « jour d’avant » ? Beaucoup l’espèrent, mais peu y croient. Laurent de Briey, le pilote du mouvement positif Il fera beau demain, nous explique pourquoi un changement est indispensable.

Pensez-vous que le confinement va transformer en profondeur la société ?

Le grand confinement est une expérience collective rare à l’heure de l’individualisme. Depuis le 11 septembre, je ne crois pas qu’un même évènement ait à ce point bouleversé tout le monde au même moment. Le coronavirus va marquer notre vie jusqu’à la fin de nos jours. Nous serons tous marqués profondément par une épreuve à laquelle personne n’était préparé. Mais nous aurons vécu cela très différemment les uns des autres. Nous risquons d’être plus divisés que jamais entre ceux qui voudront recommencer comme avant et ceux qui aspireront à autre chose sans forcément très bien savoir à quoi cet autre chose pourrait ressembler et sans forcément s’entendre sur cet autre chose. 

Panser les plaies – médicales, sociales, économiques… – ne suffit pas. Nous devons aussi penser demain.

Laurent de Briey

Cette division est le meilleur atout du statu quo. Un statu quo qui n’en sera pas vraiment un, puisque nos sociétés en ressortiront affaiblies. Ne pas transformer ce « grand confinement » en opportunité, ne pas s’en saisir pour se donner un nouvel avenir, ce serait revivre quelque chose que l’on a déjà vécu, mais en moins bien. Les conséquences de la crise économique renforceront les inégalités. Les conditions fort différentes dans lesquelles les uns et les autres auront vécu le confinement attiseront les tensions sociales. La fragilité de notre bien-être renforcera le repli sur soi et la fermeture des frontières. Comme en 2008, l’urgence climatique passera au second plan. Avant de se rappeler brutalement à notre souvenir tôt ou tard. Panser les plaies – médicales, sociales, économiques… – ne suffit pas. Nous devons aussi penser demain.

En janvier, lors du Congrès de lancement du mouvement, vous affirmiez déjà qu’il était temps de changer de modèle. La crise actuelle renforce-t-elle votre conviction ?   

Le mouvement positif Il fera beau demain part effectivement de l’idée que le modèle actuel, basé sur la quantité, la volonté d’avoir « toujours plus » avait apporté beaucoup de progrès, un confort matériel sans précédent, un allongement de la vie aussi, mais qu’aujourd’hui il était davantage synonyme de stress, de tension, de pollutions que de bien-être. Nous pensons qu’il faut aujourd’hui passer du « plus » au « mieux », de la quantité à la qualité. Cela ne veut pas dire que pour les plus précarisés d’entre eux, il n’est pas important qu’ils reçoivent davantage. Le gâteau doit pouvoir être mieux réparti, mais à l’échelle de la société, je pense que ce qui compte aujourd’hui c’est davantage la qualité du gâteau que sa taille.

Privilégier la qualité à la quantité, cela signifie quoi concrètement ?

Je pense que cela demande avant tout de remettre l’humain au centre. C’est quelque chose que l’on dit depuis longtemps, mais qui semblait parfois un peu abstrait. Une formule un peu creuse dont on ne voyait pas très bien ce que cela veut dire. Aujourd’hui, cela saute aux yeux.

Remettre l’humain au centre, c’est privilégier les relations entre les personnes, pas les biens matériels. Ceux-ci sont nécessaires, mais ils ne sont pas une fin en soi. Aujourd’hui, le plus important pour les gens, c’est leur santé, pas de savoir quelle sera leur prochaine voiture ! Prendre soin de soi et des autres, ce n’est pas que la formule du moment. Cela peut être un projet de société, un bel équilibre entre l’attention à son bien-être, à son épanouissement et la responsabilité envers les autres, l’appel à être attentifs aux autres et à ceux dont nous sommes proches en premier, à contribuer au bien-être commun.

Prendre soin de soi, c’est cesser de courir sans cesse après on ne sait pas très bien quoi. C’est privilégier des activités qui ont du sens, pouvoir choisir un métier qui nous épanouit, pas juste un gagne-pain, être fier de ce que l’on fait parce qu’on a la conviction que c’est utile. C’est à cela qu’aspirent les jeunes travailleurs.

Prendre soin des autres, c’est valoriser les métiers qui apportent directement du bien-être aux gens.

Laurent de Briey

Prendre soin des autres, c’est valoriser les métiers qui apportent directement du bien-être aux gens. Entre le financier et le personnel soignant aujourd’hui, il n’y a pas photo. Mais c’est aussi les enseignants et tous les services aux personnes. Ils n’ont pas été assez reconnu ces dernières années. Soi-disant, ils ne produisaient pas de richesse, ce n’était pas des métiers à haute valeur ajoutée. Ce n’est pas vrai. Ce sont des métiers à haute valeur humaine ajoutée. Sans eux, on le voit aujourd’hui, tout s’écroule. Et l’économie en premier.