Hommage à Alfred Gadenne

Discours de Benoit lutgen

Funérailles d’Alfred GADENNE

Mouscron, le 16 septembre 2017

 

Quand la nouvelle, la terrible nouvelle me parvint, dans la soirée de lundi dernier, j’ai d’abord refusé l’inéluctable. L’information paraissait tellement irréelle, absurde, invraisemblable.

Pas lui. Pas là. Pas comme ça.

Pas Alfred Gadenne, me disais-je. Pas l’homme aimé de tous, qui était la bonté même.

Pas là, pas dans ce cimetière de Luingne dont il avait tenu à rester le concierge, parce que, malgré ses responsabilités de bourgmestre, il voulait conserver cette tâche immuable. Comme si dans son souci d’unir tous les habitants dans une même sollicitude, il associait les défunts et les vivants.

Pas mort comme ça, dans des circonstances aussi tragiques. 

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Aucun mot ne pourra atténuer votre douleur, chère Madame Gadenne. Je ne peux que vous réitérer ma sympathie et vous exprimer ma reconnaissance. Sans votre indéfectible soutien, sans la force de votre amour réciproque, Alfred n’aurait pas accompli son parcours de dévouement avec une telle disponibilité.

Peut-être trouverez-vous un peu de réconfort dans la qualité des hommages qui affluent depuis lundi.

Ils viennent de partout. Ils viennent de Wallonie picarde et des villes voisines, Courtrai, Tourcoing, Wattrelos, avec lesquelles, sans oublier Lille, il entretenait de fructueuses relations au sein de l’Eurométropole. Ils viennent des provinces wallonnes, de Flandre, de Bruxelles. 

Parmi ces hommages, une phrase d’un journaliste, Francis Van de Woestyne, rédacteur en chef de la Libre, résume bien ce qu’Alfred Gadenne a été et laissera comme trace« il était un de ces hommes politiques comme on aimerait en avoir dans chaque commune : convivial, efficace, ouvert, désintéressé ».

Des responsables politiques comme lui, engagés passionnément, il y en a beaucoup, bien sûr, dans nos communes. Mais rarement un homme a concentré ces qualités avec une telle densité.

Il a valeur d’exemple. Et son exemple peut faire réfléchir celles et ceux qui exercent des responsabilités politiques. Quel sens donnons-nous à notre engagement ? Comment répondre aux attentes nouvelles de nos concitoyens ? Aux nouvelles formes d’expressions, plus libres, plus directes ?

Que retenir donc de la vie d’Alfred Gadenne qui puisse nous inspirer ?

Je vous parlerai d’abord de son exceptionnelle popularité. 

Elle ne venait pas d’une quelconque stratégie qui, à ses yeux, aurait trop senti l’artifice. Il n’était pas adepte des petites phrases sanglantes ni de la communication virtuelle. 

S’il a touché le cœur des Mouscronnois, tissant avec chacun d’entre eux une relation de confiance, d’estime et d’affection, c’est d’abord parce qu’il est resté lui-même, authentique.

Pour Alfred Gadenne, un contact n’a de valeur que s’il s’agit d’une rencontre, physique, vivante et personnelle

Ce qui me frappe, c’est la cohérence absolue, pendant toute sa vie, entre l’homme qu’il était et le bourgmestre qu’il devint.

Alfred Gadenne est né et a grandi dans une ferme, à Luingne. Agriculteur, il y partageait les valeurs associées à la vie de nos villages : la simplicité, le courage, le bon sens, le respect, le mérite. Il fut aussi un négociant avisé. 

Il y ajoutait ses qualités propres : la droiture, la chaleur humaine, le goût des autres et le sens du service, la vertu cardinale qu’il tenait de son père et de son grand-père, qui ont été tour à tour bourgmestre de Luingne. 

Il en fut le digne héritier. Elu en 1982, il fut nommé directement échevin de Travaux.

C’est à ce poste qu’il se révéla. Travailleur inlassable, pragmatique, il prenait le temps de l’écoute, traitait toutes les personnes qu’il rencontrait avec la même attention. Les habitants le reconnaissaient comme un des leurs. Sous le titre d’échevin, ils sentaient et appréciaient l’homme, l’homme vrai qui déteste les paillettes et la gloriole.

Je retiendrai ensuite dans l’intelligence d’Alfred Gadenne la part de sagesse qui consiste à reconnaître ses limites.

Devenu bourgmestre grâce à ses voix de préférence, il quittait désormais le sillon rassurant de son échevinat des Travaux pour prendre les commandes de la Ville. 

Un autre que lui aurait pu coincer devant l’obstacle ou changer de comportement, se perdre en oubliant ses racines et ce qui l’a construit. 

Il arrive que trop exposés à la lumière, des hommes publics soient prisonniers de leur personnage. D’autres grandissent avec lui. Alfred Gadenne était de ceux-ci.

Bourgmestre, parfaitement conscient des exigences de sa mission, il puisa les ressources nécessaires dans sa propre expérience pour la mener à bien. Il avait participé de près au développement de la Ville. Il en était imprégné. Il a agi dans la continuité, multipliant les contacts avec le monde économique, les industriels, des indépendants dont il était proche. Il y intégra davantage le secteur agricole, qu’il connaissait bien, rappelant qu’un tiers du territoire de Mouscron est composé de terres agricoles. 

Et surtout, il est resté lui-même. Les échevins ont découvert un chef d’équipe, qui écoutait les arguments et les conseils, préférant le dialogue et la recherche d’un consensus, à la dérive autoritaire.

Il fut servi par sa capacité de travail, sa connaissance approfondie des dossiers, sa mémoire phénoménale, son aptitude à trouver les conseils les plus judicieux.

Déjà très populaire, il accrut encore son impact, en ne ratant aucune manifestation, aucune festivité. Il connaissait tout de sa ville, de ses sociétés, de son histoire qu’il apprenait au contact des habitants. Il semblait connaître chaque concitoyen par son prénom.

Alfred Gadenne fut une éclaircie, une référence, à la fois majeure et familière, sur laquelle la population pouvait s’appuyer sans crainte. Le cœur sur la main, il garda ses permanences, un contact qu’il estimait indispensable, lui qui ne voulait laisser personne au bord du chemin. C’est dans ces moments, j’en suis sûr, qu’il exprimait le mieux sa foi chrétienne, inébranlable.

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Enfin, des quatre termes choisis par Francis Van de Woestyne, le plus important sans doute est « désintéressé ».

Ce n’est pas seulement une question de probité. Alfred Gadenne n’avait pas choisi son engagement par ambition personnelle. 

Il faisait honneur à l’engagement politique. 

Et si comme je l’ai précisé, il était vraiment l’échevin, puis le bourgmestre de tous, sans distinction d’origine ou de convictions, vous me permettrez de dire combien je suis fier d’avoir connu dans les rangs de ma formation politique, une personnalité d’une telle dimension pour qui la solidarité importait autant que le sens des responsabilités. Un homme de devoir, un homme serein dans son choix de vie, pleinement assumé, un homme fraternel. 

Un ami.

Toujours franc, sans porte de derrière, il n’a jamais caché qu’il plaçait son poste de bourgmestre au-dessus de toute responsabilité publique. Il a exercé son mandat de député wallon, obtenu en 2009, grâce un score impressionnant, en servant surtout de relais pour sa ville ainsi qu’il le fait à l’Eurométropole. 

Mieux que représenter Mouscron, il l’incarnait. Avec ses qualités de bienveillance, de convivialité, de générosité et cette façon de tempérer la discussion la plus sérieuse par une boutade. Car il aimait rire, jamais avec méchanceté. Aux dernière élections communales, il a conquis la majorité absolue. Je l’entends me rappeler à chaque fois qu’il me rencontrait : « président, c’est quand même à Mouscon qu’on a le plus grand nombre de conseillers communaux cdH au monde : plus que n’importe quelle ville, plus qu’à Bastogne. »

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Alfred, tu répétais souvent que ton but était qu’il fasse bon vivre à Mouscron.

A tes côtés, il faisait toujours bon vivre.

Puisses-tu là où tu es, avec ta simplicité joviale et tes yeux malicieux, continuer de nous éclairer.

Alfred, Merci.