22/03 : ENQUETER, COMPRENDRE ET AGIR

Posté le 21 Avril 2016 dans Les Communiqués , National


A la veille du début des travaux de la Commission d’enquête terrorisme, réclamée dès le 9 mars 2016 par le cdH, Benoit LUTGEN, accompagné des députés Vanessa MATZ et Georges DALLEMAGNE, a présenté ce jeudi 21 avril 2016 un ouvrage intitulé : « la Belgique face au radicalisme : comprendre et agir », édité aux Presses Universitaires de Louvain.


Synthèse d’un travail entamé par le CEPESS dès janvier 2015, ce long travail de réflexion et d’analyse a permis de dégager des clés de compréhension du phénomène et d’avancer une trentaine de propositions concrètes pour lutter contre le radicalisme, renforcer la sécurité et retisser les liens au sein de la société. De nombreux acteurs et chercheurs ont contribué à cette réflexion, dont notamment Frédéric VAN LEEUW (procureur fédéral), Gilles DE KERCHOVE (coordinateur européen antiterrorisme), Rik COOLSAET (UGent) ou encore Felice DASSETTO (UCL).

A l’entame des travaux de la Commission d’enquête, considérant les enjeux qui y sont liés, le cdH sera particulièrement attentif à cinq urgences :

1.   Indemniser rapidement les victimes

Avant les attentats de Bruxelles, le Fonds d'aide aux victimes était confronté à un arriéré considérable dans le traitement des dossiers en cours. Selon le Ministre de la Justice, la durée de traitement d'un dossier est de 20 mois en moyenne[1]. Cette intervention est pourtant essentielle pour de nombreuses victimes et pour leurs familles, compte tenu notamment des drames humains engendrés, de la perte brutale de revenus mais également des frais de soins tant médicaux que psychologiques indispensables. Les victimes doivent pouvoir recevoir dans un délai de 2 mois une confirmation du montant qu’elles percevront ainsi qu’une date précise à laquelle le versement sera effectué. Un accompagnement doit également être prévu, dans le cadre d’une démarche proactive auprès des victimes.

2.   Améliorer la coopération des services et l’échange d’informations

Dans les dossiers liés au terrorisme, de nombreux experts indiquent que l’amélioration effective de notre sécurité dépend essentiellement de la qualité du travail de renseignement et du traitement des informations récoltées. S’il n’y a pas lieu de jeter l’opprobre sur le travail réalisé jusqu’ici, des améliorations sont possibles et doivent être menées sans délai : rationalisation et efficacité améliorée des banques de données, augmentation des moyens et des investissements réalisés au sein des services de renseignement, traitement amélioré des informations issues des pays voisins, etc. La Belgique doit également être à l’avant-garde d’une stratégie européenne en la matière.

3.   Traiter chaque retour en y mettant les moyens adéquats

Plus de 500 belges ou personnes issues de la société belge sont parties en Syrie dont une partie importante pour combattre au sein de l’Etat islamique. Des jeunes continuent chaque mois de partir combattre. Certains reviennent. Nous ne pouvons faire preuve d’aucune naïveté ni d’aucune faille en la matière : chaque personne qui revient doit faire l’objet d’un screening complet et d’une prise en charge. Le cdH a dès lors déposé une proposition de loi visant à la mise en place d’un Centre de Contrôle Systématique des Returnees. Ce centre pluridisciplinaire aura pour mission de contrôler et d’évaluer la menace individuelle que représente chaque returnee.

4.   Réorienter notre politique étrangère en assumant nos valeurs

Les pays du Golfe doivent faire l’objet d’actions diplomatiques déterminées de la part de l’Union européenne et de ses États membres. Nous devons revoir les relations malsaines que nous entretenons avec certains alliés (Arabie Saoudite, Qatar, etc.) qui ont des relations claires avec le terrorisme. Ces pays participent directement ou indirectement au financement du terrorisme. À l’instar des décisions prises par d’autres pays européens, notre dépendance énergétique à l’égard de ces pays doit impérativement diminuer.

Plus largement, l’Union européenne et ses Etats membres doit s’impliquer davantage dans tous les pays du pourtour méditerranéen, où les défis sont colossaux : immigration, sécurité, terrorisme, défis sociaux et démocratiques. Sa coopération doit notamment être renforcée avec les pays qui font des efforts importants pour lutter contre le terrorisme.

5.   Combattre toute diffusion d’idées radicales par internet

Internet est le parent pauvre de la lutte contre la radicalisation. Alors que les expressions illégales sur la place publique peuvent être poursuivies pénalement, nous laissons trop d’expression dangereuses pulluler sur internet. Nous devons nous doter d’une stratégie ambitieuse en la matière : renforcer la détection et le monitoring de la propagande terroriste, renforcer et améliorer les possibilités juridiques et techniques permettant le retrait des contenus illégaux faisant l’apologie du terrorisme, déployer également des contre-discours permettant de contrer la propagande terroriste. Une réflexion doit également être menée afin de limiter l’anonymat sur internet.

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Les évènements du 22 mars nous ont touché dans notre chair. Confrontée à cette épreuve, la Belgique doit y répondre de manière unie et laisser de côté ses démons communautaires. Les initiatives des communes, des Régions, des Communautés et de l’Etat fédéral doivent être coordonnées dans un plan d’ensemble, s’imbriquer dans une logique cohérente. Le cdH lance dès lors un appel pour que le Gouvernement fédéral prenne l’initiative d’une Stratégie interfédérale de lutte contre le radicalisme et de promotion du vivre-ensemble, amplifiant ainsi les mesures adoptées pour la première fois en 2013.

La Belgique face au radicalisme. Comprendre et agir, Presses universitaires de Louvain, 2016, 244 p., 20 euros.



[1] Question parlementaire du 23/12/2015 posée par Sonja Becq, (CD&V) à Koen Geens : « L'arriéré dans le traitement des dossiers du Fonds d'aide aux victimes » (QO 7234).