Décès de Philippe MAYSTADT

Posté le 7 Décembre 2017 dans Les Communiqués , National


Benoît LUTGEN, Président du cdH, a appris avec tristesse et émotion, le décès de Philippe MAYSTADT. 


La Belgique, l’Europe, la Wallonie, le cdH, perdent un des responsables politiques les plus brillants que notre pays ait connus durant ces quarante dernières années. Une personnalité remarquable, reconnue internationalement, pour ses compétences en matière de gestion financière, pour sa vision, sa rigueur et sa clarté d’expression qui en faisait un pédagogue avisé. 

Il aura marqué son époque d’une empreinte indélébile, en particulier notre mouvement politique. Il a présidé le PSC en 1998 et 1999, prenant une part active aux réflexions qui ont abouti à la naissance du cdH en 2002.

En Philippe MAYSTADT, je salue une référence, celle d’un homme qui a donné toute sa noblesse à l’engagement politique. Un homme d’Etat, qui a mis ses talents au service de causes qu’il estimait justes et qui l’ont motivé durant toute sa vie

Ce fut d’abord, la cause du redressement wallon. Il était membre du mouvement Rénovation wallonne, quand il fut engagé, très jeune au cabinet d’Alfred CALIFICE, Ministre carolorégien, pour préparer le premier budget wallon. Il n’a jamais renié ce moteur de son action, même si occupé sur d’autres terrains, il agissait avec discrétion, gage pour lui d’efficacité.

Son engagement social fut une autre constance. Ministre des Finances pendant plus de dix ans, c’est à ce poste qu’il a acquis sa réputation internationale. Il ne fut pas seulement influent grâce à sa maîtrise. Il fut l’artisan de politiques audacieuses. Elles l’ont amené, par exemple, à s’opposer aux intérêts de lobbys et à proposer des solutions inventives pour moderniser la gestion de la dette et de la trésorerie grâce à de nouvelles techniques d’emprunt, plus concurrentielles et plus diversifiées. Ces politiques étaient dictées par sa volonté de dégager des moyens pour améliorer la situation du plus grand nombre.

La reconnaissance de ses qualités d’expert ne l’a pas éloigné de ses racines. Il a toujours salué ce qu’il devait à ses années d’animateur au patro de Farciennes – l’ancrage dans la réalité humaine de sa région de Charleroi. Il rendait aussi hommage à son père, Auguste MAYSTADT, un chrétien très engagé sur la vie sociale, qui l’a marqué par sa droiture et son ouverture d’esprit.

Au soir de sa vie, malgré de nombreuses sollicitations, il accepta, tout naturellement, des activités de bénévolat, en aidant notamment l’ACIS, l’association chrétienne des institutions de soins.

La cause européenne fut la grande affaire de la seconde partie de sa carrière politique. Nommé en 2000 à la tête de la Banque européenne d’investissement, il a donné tout son sens à la raison d’être de la BEI : soutenir des projets porteurs, stimuler la croissance au nom d’un idéal européen auquel il n’aura pas cessé de croire.

Il a servi son idéal avec un entrain que ni l’âge ni la maladie n’ont édulcoré : par des livres, des conférences, des chroniques. Il considérait que telle était sa mission, pour tenter de contrer les tentations du repli et du populisme dont tout son être l’éloignait : ses convictions, son tempérament, ses références démocrates chrétiennes, son attachement aux pères de l’Union européenne dont il fut un héritier doué, digne et exemplaire.

Je n’oublie pas l’éducation. En acceptant, en 2014, de présider le Conseil d’administration de l’ARES, l’académie de recherche et d’enseignement supérieur, Philippe MAYSTADT a confirmé son intérêt pour l’enseignement, conscient que dans la société de la connaissance, l’élévation du niveau de formation de la population est un enjeu crucial. Il avait pour objectif qu’une plus grande proportion de nos jeunes acquière une qualification plus élevée, surtout dans les disciplines scientifiques et techniques.

Comme des autres organismes dont il a eu la charge, il fait de l’ARES un partenaire à son image, c’est-à-dire un acteur respecté, écouté, tant par le monde politique, que par les écoles supérieures et les universités.

Philippe MAYSTADT a pu garder ces différents caps grâce à une force de caractère peu commune. Il avait du charisme et de l’ascendant, sans avoir besoin de le démontrer. Sérieux, posé, prudent, il était à la fois disponible, accessible et très réservé. Se défiant des certitudes, des jugements à l’emporte-pièce, il s’efforçait de comprendre toutes les nuances d’une situation avant de prendre une décision. Mais quand il l’avait prise, il s’y tenait, avec la fermeté de qui inspire confiance.

Réputé pour ses expertises, professeur apprécié pour la fluidité et la netteté de ses interventions, Philippe MAYSTADT était également un homme cultivé, protéiforme. Des écrits plus personnels montrent une personnalité plus sensible qu’il ne le laissait paraître.  

Sensible et courageux face à la maladie qui le diminuait et qu’il affrontait avec lucidité, veillant à épargner ses proches. 

Philippe MAYSTADT sera toujours pour nous une source d’estime et d’inspiration. Il faisait partie des plus grands.

Benoît LUTGEN, au nom de l’ensemble des membres et des mandataires du cdH, présente à toute sa famille et à ses proches ses plus sincères condoléances et sa sympathie la plus profonde.