Péage urbain à Bruxelles: que ce soit à 3 euros ou à 12 euros, la formule est tout simplement inacceptable pour le cdH.

Posté le 21 Janvier 2014 dans Les Communiqués , Région bruxelloise , Mobilité/Transport


"Antisociale, dangereuse pour l'emploi et une incitation à quitter Bruxelles pour les entreprises et pour la classe moyenne", dit Benoît Cerexhe.


Benoît CEREXHE, chef du groupe cdH au Parlement bruxellois, a pris connaissance ce matin avec perplexité, des recommandations faites en matière de péage urbain et de mobilité par le bureau d’études Stratec dans l’étude rendue récemment au gouvernement régional bruxellois. Pour rappel, cette étude, publiée dans les grandes lignes ce matin par La Libre Belgique, propose l’instauration non pas d’un péage urbain dit de cordon, mais bel et bien d’une taxe de roulage de 12 euros par jour pour tout qui circulerait à l’intérieur de la Région bruxelloise, qu’il soit habitant de Bruxelles ou non.

Pour le chef de groupe cdH au Parlement bruxellois, cette proposition, comme toute proposition de péage limité aux seules frontières de la Région bruxelloise, quel que soit le tarif proposé, est inacceptable. L’idée même d’un péage dit de zone, qui toucherait de la même manière les Bruxellois que les navetteurs, est tout aussi inadaptée, puisqu’elle pénaliserait très lourdement celles et ceux qui font le choix de vivre à Bruxelles, et ce dans un contexte où la cherté de la vie et le coût d’un logement incitent déjà les jeunes familles et la classe moyenne à quitter Bruxelles et à aller s’installer en dehors de la région, dans la grande périphérie autour de Bruxelles.

Evidemment, les chiffres avancés par l’étude Stratec ont de quoi donner le tournis : les 450 millions d’euros de recettes par an en cas de péage à 3 euros, le 1,8 milliard d’euros en cas de péage à 12 euros, ont certes des allures de Graal pour le financement immédiat de Bruxelles ; ces données n’en sont pas moins profondément dangereuses pour la cohésion sociale même de notre Région, avec des délocalisations en pagaille d’entreprises vers des zones périphériques moins taxées – et un chômage accru à Bruxelles –, des départs amplifiés de jeunes familles financièrement découragées d’habiter et de se déplacer à et dans Bruxelles (3 EUR minimum par jour de ‘péage’ auquel il faut ajouter le prix du stationnement, jusqu’à 150 EUR par mois désormais pour la location d’un emplacement) et une nouvelle flambée des prix de l’immobilier.

Benoît CEREXHE rappelle que le Parlement a tenu sous la législature précédente des débats et des auditions particulièrement nourris sur la question du péage urbain, lesquels ont débouché sur la rédaction d’un volumineux rapport de 108 pages. De très nombreux intervenants ont fait remarquer à cette occasion que la transposition du péage londonien à notre Région n’était guère possible parce que les deux villes sont très différentes, tant sociologiquement que sur leurs spécificités socio-économiques. De nombreux experts pointaient également les risques accrus de délocalisation d’entreprises vers la périphérie bruxelloise en cas d’instauration d’un péage dans notre Région : selon les experts entendus lors des auditions, la simple édification d’un péage urbain entraînerait immédiatement, sans préjuger d’effets à moyen et long terme, un transfert de 5% de l’emploi bruxellois vers l’hinterland de la Région, soit au minimum 36.000 emplois perdus, rien que dans le court terme.

Benoît CEREXHE rappelle aussi que le péage aurait ainsi des conséquences sociales importantes, limitant la mobilité des plus faibles, augmentant aussi de manière considérable le prix de l’immobilier – et les loyers – dans les zones les mieux desservies par les transports en commun, entraînant des mutations sociologiques importantes des quartiers sous péage.

Pour le chef du groupe CDH, la question du péage urbain, aujourd’hui comme pour demain, ne peut être envisagée qu’au niveau de de la Zone RER, et encore… ; le CDH privilégie cependant les réflexions menées actuellement sur une tarification kilométrique dite intelligente qui ne pénalise ni les familles qui possèdent aujourd’hui une ou plusieurs voitures, ni celles et ceux qui n’ont d’autres possibilités d’utiliser une voiture pour assurer leurs déplacements professionnels ou autres. Les chiffres de l’étude Stratec, à cet égard, sont éclairants : l’instauration d’un péage urbain n’aurait finalement que de faibles retombées sur la réduction de la pression automobile, de quelque pour cents pour une taxe de 3 EUR, de 14 % pour une taxe de 12 EUR. Ceci nous démontre bien que la voiture reste indispensable pour assurer nombre de déplacements, que ce soit pour déposer les enfants à la crèche puis à l’école, se rendre en visite chez des personnes âgées, faire des courses, se rendre chez le médecin, se rendre au travail dans des zones mal desservies par les transports publics, aller travailler hors Bruxelles, utiliser sa voiture pour raisons professionnelles, se déplacer la nuit,...

« Arrêtons de voir dans l’automobiliste la vache à lait ou l’acteur de comportements inappropriés, conclut Benoît CEREXHE, et encourageons au contraire de manière positive le transfert modal et l’abandon de l’automobile pour des trajets que l’on pourrait aisément accomplir par d’autres modes de déplacement.»