Réaction de Julie De Groote, cheffe de groupe cdH au PFWB, aux propos tenus par Willy Borsus sur les décrets qui ouvrent la porte de la fonction publique et de l'enseignement

Posté le 18 Juin 2013 dans Les Communiqués , Fédé Wallonie-Bruxelles


C’est du n’importe quoi ! Ce qu’affirme Willy Borsus est très grave. En énonçant des contre-vérités et des erreurs manifestes, en jouant sur les peurs des gens et sur la crainte de se voir « piquer » un emploi potentiel par un non-européen, il verse dans un populisme de très mauvais aloi. Ce qu’il affirme est tout simplement faux.


1) Willy Borsus affirme qu’il y aura dans un avenir proche de 15 à 30% d’enseignants d’origine étrangère en Fédération Wallonie-Bruxelles. C’est ridicule ! Sur quoi se base-t-il ? Un peu de sérieux : il doit y avoir environ 100.000 enseignants en Fédération Wallonie-Bruxelles. 30%, cela voudrait dire que « dans un avenir proche », on aurait 30.000 enseignants « étrangers » chez nous ! Autant dire qu’on va les faire venir par charters…

2) Le décret « va créer des difficultés techniques et engendrer des coûts supplémentaires à la charge de la Communauté ». C’est exactement l’argument contraire qui a été évoqué par les pouvoirs organisateurs et les organisations syndicales, qui ont tous émis un avis favorable : le décret induira une importante réduction des charges administratives actuelles en mettant fin à une procédure « lourde et désuète » selon les termes de la Ministre.

C’est assez injurieux vis-à-vis des pouvoirs organisateurs et des directeurs, comme s’ils n’avaient aucun pouvoir d’engagement et qu’un enseignant ne parlant pas la langue, donc relativement incompétent et refusant de s’intégrer, allait automatiquement devoir être engagé par eux !

3) Willy Borsus donne l’impression qu’on va donner ces emplois à des non-européens plutôt qu’à « nos » demandeurs d’emploi, sans lier cet engagement à aucun parcours ni même aucune volonté d’intégration. C’est désolant de surfer sur la crise et la peur des gens en énonçant des contre-vérités. Comme si les non-européens allaient être « favorisés » par une sorte de « Speedy Pass » ! Evidemment, et non l’avons répété à satiété au cours de la commission, les titres requis, les exigences de reconnaissance de la langue et toutes les aptitudes sont et resteront exigés. Le niveau d’excellence est évidemment le même. En insinuant le contraire, Willy Borsus donne l’impression d’un nivellement par le bas, ce qui est faux et regrettable.

4) Un amalgame est fait entre trois décrets actuellement discutés dans les différentes assemblées. J’ai déposé à la FWB, avec mes collègues de la majorité, une proposition qui vise à corriger le décret du 19 avril 2012 qui ouvrait les emplois de la formation publique aux non-européens. Suite à une interprétation restrictive de l’Administration – et à leur demande – nous avons étendu cette notion, par exemple aux hôpitaux universitaires, au CHU de Liège ou encore aux OIP. Un décret similaire sera discuté au Parlement wallon. Evidemment, mais manifestement mieux vaut le répéter pour éviter des amalgames !, les règles fédérales applicables à l’obtention d’un permis B ou A restent d’application : il s’agit bien de pouvoir remplir des fonctions en pénurie ou hautement qualifiées.

Par ailleurs, les fonctions « d’imperium » sont exclues, comme le prévoit l’article 10 de la Constitution. Veut-on se priver d’un chirurgien hautement qualifié qui pratique depuis des années dans un hôpital universitaire ? Veut-on risquer le refus d’agrément d’une maison de repos dépendant d’un CPAS par faute d’infirmières ? C’est à ça que répondent les textes déposés. A l’heure actuelle, pour le territoire wallon, 32 dossiers sont en attente (qui concernent autant la RW que la FWB). D’un côté, Willy Borsus craint des cohortes d’enseignants non-européens, de l’autre il critique un décret à la portée extrêmement limitée. Bel exercice de cohérence !

Faut-il enfin rappeler que la Région bruxelloise a été pionnière en la matière puisqu’elle a ouvert sa formation publique dès 2002…époque où le MR était au pouvoir. Cela se passe de commentaires.