Signes religieux : Il faut assurer la sécurité juridique des écoles par décret
Considérant les multiples débats relatifs au port de signes religieux et la situation difficile dans laquelle se trouvent les écoles et leurs pouvoirs organisateurs, le cdH pense que le moment est venu d’adopter un cadre légal clair relatif au port de signes religieux, philosophiques ou politiques dans l’enseignement. Il s’agit en effet d’assurer une stabilité et une clarté juridique pour les écoles. C’est ce que la ministre de l’Enseignement a déjà suggéré au sein du gouvernement.
En ce qui concerne le corps enseignant, le cdH estime que la neutralité de la mission de « service collectif » ou de la fonction de « service public » de l’enseignant relevant de pouvoirs organisateurs publics et en étroite relation avec des élèves demande qu’il s’abstienne de porter des signes religieux, philosophiques ou politiques. Cette règle ne devrait par contre pas s’appliquer aux professeurs de religion qui, par définition, sont « engagés » philosophiquement et choisis à ce titre.
Aussi, le cdH plaide pour la mise en place rapide d’un décret réglementant le port de tels signes distinctifs par l’enseignant.
Pour les élèves qui, eux, ne sont pas soumis à l’obligation de neutralité, le cdH souhaite que le décret assure également une sécurité juridique. Il propose que ce décret tout d’abord interdise des signes religieux pour les élèves du primaire.
Ensuite, ce décret devrait également donner une base juridique stable à la liberté actuelle de choix et l’autonomie des écoles, soit d’autoriser soit d’interdire le port du signe religieux, pour éviter tous problèmes futurs.
Ce décret devrait en outre préciser le degré ou la classe (ex 4e secondaire) à partir de laquelle cette liberté de décision de l’école peut s’exercer. Et ce, afin de s’assurer du choix éclairé de l’élève ayant atteint une maturité suffisante.
Le décret devrait enfin préciser les modalités de la prise de décision, notamment, l’implication obligatoire du conseil de participation, intégrant ainsi les parents et les enseignants dans la décision de l’école.

Je ne me suis jamais senti aussi attaqué par le monde politique tant personnellement que professionnellement qu'aujourd'hui.
On peut légitimement se sentir dévalorisé, peu soutenu, mal financé... hors du monde de l'enseignement, certains trouveront des justifications économiques ou conjoncturelles qui expliquent les choix dans ce domaine.
Mais les discussions concernant la neutralité de l'enseignement relèvent plus que jamais de choix philosophiques et me semblent avoir des conséquences fondamentales sur nos libertés individuelles comme sur l'essence même de l'enseignement que nous délivrons.
Les réactions de la classe politique, tout partis confondus, me sidèrent et m'inquiètent fortement.
Je suis personnellement très opposé à un décret visant à exiger l’absence de manifestation d’appartenance politique, religieuse et philosophique chez les enseignants.
En voici les principales raisons:
Je place les droits de l'homme très haut dans mon échelle de valeur, et ceux-ci sont très explicites:
Article 18
Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites.
Il est vrai que tous les partis démocratiques en ont parfaitement conscience et que leurs propositions ne vont pas s'opposer directement à cet article. Mais pour ma part, cet article est limpide et l'amender par un décret est déjà excessif. Il est toujours important de se rappeler qu'aucun des droits de l'homme ne peut évidemment nuire au respect de tout autre droit énoncé dans la charte et que tout excès d'un professeur, notamment par un prosélytisme qui nuirait aux élèves est tout à fait légitimement punissable, même dans le cadre des décrets actuels.
Bien qu'athée convaincu, je supporte mal qu'on considère avec tant de méfiance, voire de répulsion, la religion ou la foi. Il n'y a rien de laid ou d'inavouable, rien dans le port du voile qui ne mérite une crainte particulière, rien dans la croix chrétienne qui ne pousse au sectarisme, rien dans mon athéisme qui n'invite à la destruction.
Le refus de tout apparition du religieux n'a rien d'une action neutre. C'est un acte fort, voire agressif. La neutralité, cela peut, cela doit, aussi passer par l'acceptation de cette présence, parfaitement officielle, pleine de richesse. La neutralité, ce n'est pas zéro partout: c'est juste l'égalité des différentes contributions. On s'oriente vers un décret où protéger la neutralité, ce sera plus que l'interdiction du prosélytisme, déjà acquise. C'est l'absence total de conviction personnelle.
On se focalise sur le voile, mais celui-ci n'a pas plus de valeur que la parole: le porter ou déclarer « je suis musulmane » sont deux actes équivalents. Interdire le port du voile ne peut se séparer des autres modes d'expression... il me sera désormais interdit de dire « je suis athée » en tant qu'enseignant.
C'est une atteinte à la liberté, mais c'est aussi une atteinte à la responsabilité: on supprime à l'enseignante actuellement visée, et donc à moi aussi, la faculté de séparer la qualité de son enseignement, ses opinions personnelles et l'espace de liberté de chaque élève.
C'est le règne du préjugé où l'apparence d'une personne conditionne avec force sa relation aux autres, juge et condamne.
Tout ce que je ressens personnellement résonne dans l'enseignement. On nous donnerait comme mission de former des citoyens, mais sans afficher trop ouvertement les droits de l'homme; de s'ouvrir aux cultures tout en restant neutre, mais sans jamais prendre contact avec elles; de construire des adultes (en juin, c'est mathématique, plus de la moitié de nos rhétoriciens sont majeurs!) responsables, plein de discernement, arguant de manière personnelle, alors que nous n'avons pas le droit de leur présenter ce modèle? On parle de compétence, on apprend à juger le fond et à analyser les faits, les actions et les gestes et on édite des règlements justifiés par les apparences?
Je suis du sexe masculin et si un élève me posait la question je répondrais parce que la réponse va de soi, cela ne ferait de moi ni un misogyne, ni un rival de mon genre. En affirmant être Belge à mes élèves, je ne prône pas le nationalisme. Je voudrais pouvoir encore dire « je suis athée » de la même manière, comme une simple qualité, sans intention, sans pouvoir, mais peut-être plus liée à un choix. Chaque élève doit se construire, faire ses choix, pourquoi lui cacher que l'adulte en a fait?
On ne peut pas enseigner la multiplication des polynômes, la conjugaison des verbes du premier groupe, la Mésopotamie ou le commerce du pétrole parce qu'on a une étoile de David au cou?
On doit enseigner le Big Bang, Darwin, Voltaire, Nietzche, les croisades, la contraception sans jamais pouvoir répondre à la question d'élève « qu'en pensez-vous? » ni même, par un indice leur laisser imaginer qu'un avis personnel existe. Alors que cette réponse personnelle, teintée d'athéisme, ou de religieux, si elle ne s'oppose ni au programme, ni à la liberté de l'élève ne peut être qu'enrichissante.
On n'a jamais reproché à l'enseignante voilée d'avoir influencé les élèves, d'avoir modifié son cours. Le politique évoque l'importance de l'autorité du professeur pour exiger sa « parfaite neutralité ». Le voile et l'autorité sont indépendant. Il n'a ni permis d'exiger une meilleure attention au cours de mathématique ni imposé un relief religieux au cours.
Le décret neutralité dans son état actuel est déjà précis et permet de concilier conviction personnelle, attente des élèves, des parents et du pouvoir organisateur sans l'usage de critère aussi simpliste que le port d'un signe religieux. C'est donner une importance démesurée à cet aspect là où les paroles et actions sont les plus déterminantes:
Art. 5. Afin notamment de garantir le choix entre l'enseignement d'une des religions reconnues et celui de la morale non confessionnelle, le personnel de l'enseignement officiel subventionné
1° adopte une attitude réservée, objective et constamment alertée contre le risque d'induire chez les élèves ou étudiants des préjugés qui compromettent ce choix;
2° traite les questions qui touchent la vie intérieure, les croyances, les convictions politiques ou philosophiques et les options religieuses de l'homme, en des termes qui ne peuvent froisser les opinions et les sentiments d'aucun des élèves;
3° s'abstient, devant les élèves, de toute attitude et de tout propos partisan dans les problèmes idéologiques, moraux ou sociaux, qui sont d'actualité et divisent l'opinion publique. Il amène les élèves à considérer les différents points de vue dans le respect des convictions d'autrui. De même, il refuse de témoigner en faveur d'un système philosophique ou politique quel qu'il soit. II veille toutefois à dénoncer les atteintes aux principes démocratiques, les atteintes aux droits de l'homme et les actes ou propos racistes, xénophobes ou révisionnistes. Il veille, de surcroît, à ce que, sous son autorité, ne se développent ni le prosélytisme religieux ou philosophique, ni le militantisme politique organisé par ou pour les élèves.
Un professeur soucieux de respecter ces exigences peut être athée ou femme voilée et peut même témoigner personnellement, sans faveur, mais avec le regard d'un système philosophique.
Chers Amis,
Une petite question me tracasse, comme elle divise les partis: Si un professeur musulman se présente en classe avec la barbe dite du prophète, va-t-on le raser comme on oblige un femme professeur à ôter son voile ??
Amicalement. Arnould Plessers
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